Edgard Limousin et Luc Brotel-Citras, l’esprit de l’artisanat et du Vieux bourg

La réputation du coiffeur Luc Brotel-Citras et de l’opticien Edgard Limosin n’est plus à faire. À leur actif, depuis des décennies, des milliers de chevelures sculptées et de déficiences de la vue corrigées. Ils sont partie intégrante de l’âme du Vieux bourg. Leur force : leur grand professionnalisme et leur sens de la convivialité.

De prime à bord, le salon de Luc Brotel-Citras, situé au 51 rue Pierre Curie, ne paie pas de mine. Mais à peine son pas-de-porte franchi, on s’y sent bien. On a la sensation de pénétrer dans l’intimité de la modeste demeure d’un ami. Le maître de maison, ou plutôt le maitre artisan, nous y accueille à bras ouvert. Cela fait 45 ans que Luc Brotel-Citras coiffe les Allonnais.

L’ambiance est un peu plus feutrée au 61 rue Pierre Curie, chez Edgard Limousin. Normal, nous pénétrons ici dans un cabinet d’optique, généralement munis d’une prescription médicale. Néanmoins, l’accueil y est tout aussi convivial, chez celui qui, depuis 31 ans, équipe les Allonnais en orthèses visuelles.

Une histoire d’amour

L’entrée de Luc Brotel-Citras dans le monde de la sculpture du cheveu s’est un peu faite par obligation. L’école ne le passionnait pas, il l’a d’ailleurs quittée à 14 ans. Son père, qui était coiffeur, lui dit alors : « Pas de faignant à la maison, tu seras coiffeur ». C’est ainsi que débute son histoire d’amour avec le commerce et l’artisanat. « Au début, ça ne me plaisait pas trop. Mais, on a su me motiver. Assez vite, j’ai pris goût à coiffer les têtes des autres. Finalement, je n’ai aucun regret ».

Pour Edgard Limousin, c’est en quelque sorte son romantisme qui l’a fait devenir opticien : « J’étais plus tenté par l’agronomie, mais je n’ai pas eu d’ouvertures vers cette formation, et puis ma petite amie se dirigeait vers les études d’optique… », dit-il avec malice. Après ses études, une période d’apprentissage et quatre années chez deux patrons au Mans, c’est en 1982, à l’âge de 27 ans, qu’il se met à son compte, en s’installant à Allonnes.

La « french touch » est garantie 

Avec eux, la « french touch » est garantie : chez Luc Brotel-Citras, coiffage naturel, cheveux sains, beaux et bien coupés ; le respect, en somme, de la chevelure comme une matière bien vivante, chez Edgard Limousin, choix éclectique de montures, taille et montage des verres, aide aux choix des lunettes, conseil sur l’usage et le soin des lentilles cornéennes…

Tous les deux mettent dans leur métier toutes leurs convictions. Dans sa manière de faire, on pourrait qualifier Luc Bortel-Citras de « coiffeur jardinier ». En effet, avec lui, le cheveu est « bichonné », il lui apporte les bons ingrédients pour qu’il est un bel aspect, qu’il brille et se tienne tout seul. Ce qui fait la marque de commerce d’Edgard Limousin est sans aucun doute son art de l’ajustement de la monture. L’étape finale qui fera toute la différence entre un client qui sera à l’aise avec ses lunettes et un autre qui éprouvera un certain inconfort.

Il y a un autre plus : la convivialité

« Chez Luc » et « Optique Limouzin », il y a un autre plus : la convivialité. « L’accueil du public est fondamental. Il faut être à son écoute », déclare l’opticien. « Par le fait de travailler avec le public, d’avoir un bon relationnel, c’est formidable », insiste le coiffeur, et d’ajouter : « Les clients m’apportent beaucoup ». Pour lui, « la vie est un éternelle apprentissage », grâce notamment à ses « clients qui ont fait mon éducation. À leur contact, j’ai appris les sciences, la mécanique, la philosophie de la vie… Ils m’apportent énormément », dit-il, non sans émotion. Le coiffeur du Vieux bourg est tout aussi généreux avec eux. « Je suis à leur écoute. Ils viennent avec leur joie, leur peine. Certains se confient à moi » et, comme le médecin et son serment d’Hippocrate, de préciser : « Je me dois de garder pour moi les choses très personnelles qu’ils me confient. En aucune façon, je pourrais les trahir ». Ses clients sont très fidèles : « J’en coiffe certains depuis 40 ans ».

Même heureux constat d’Edgard Limousin : « Depuis 1982, un certain nombre de clients sont toujours là. Malgré la concurrence qui s’est fortement développée et la population qui a baissé, je suis parvenu à fidéliser un grand nombre de personnes. Les quelques infidèles qui ont été tentés un temps par l’ouverture de nouvelles boutiques sont mêmes revenus ». Tout d’eux, âgés respectivement de 60 ans, pour Luc Bortel-Citras, et 58 ans, pour Edgard Limousin, expriment le même sentiment pour leurs clients : « Quand nous allons partir en retraite, ils vont beaucoup nous manquer ».

« Mon arrivée a été un évènement »

C’est en 1963, au moment où la Zup se bâtissait, qu’ouvre le salon de coiffure, le premier d’Allonnes. Il s’appelait « Roger Brotel-Citras », et était tenu par le père de Luc. Il y avait néanmoins depuis 1961 quelqu’un qui coupait occasionnellement les cheveux dans une caravane, devant le cimetière. Mais, il était difficile de le qualifier de coiffeur… Dès les premiers jours, « il y avait un monde fou au salon. On coiffait énormément d’enfants ». Normal, à cette époque, Allonnes était la ville la plus jeune de France, avec une moyenne d’âge de 15 ans. Dix-neuf ans plus tard, quand Edgard Limousin s’installa à Allonnes, le phénomène était identique : « Il n’y avait alors pas d’opticien dans cette ville de 15 000 habitants. Ça a bien marché dès le départ. J’ai loué toute la maison, qui était une ancienne supérette (Le Comptoir moderne). Au rez-de-chaussée, nous avons installé le commerce et l’atelier, à l’étage nous avons emménagé. Mon arrivée a été un évènement, en quelque sorte. Il y avait une forte demande ».

Luc Brotel-Citras, se souvient aussi qu’à coté de son salon, il y avait le cabinet du docteur Deveau : « Il a commencé à exercer dans une caravane, au fond de son jardin. On attendait dehors. Au début années 60, c’était comme à l’époque de la conquête de l’Amérique, tout était dans l’improvisation ».

Le Vieux bourg a beaucoup changé

Ces dernières décennies, les métiers de coiffeur et d’opticien ont évolué, ici, comme ailleurs. Aujourd’hui, la commune qui a perdu beaucoup d’habitants possède neuf coiffeurs et trois opticiens, et a vu s’implanter un supermarché avec galerie marchande et une zone commerciale. La concurrence des commerces est ainsi particulièrement rude.

Le Vieux bourg, lui aussi, a beaucoup changé. Sa physionomie a évolué : « Il y a cinquante ans, la rue commerçante était toute bombée, il y avait des trous partout, les trottoirs était en terre. Il existait une ferme sur une partie de la place actuelle. La mairie se situait au fond de la rue. Elle était minuscule, il y avait tout le temps la queue dans la rue », décrit le coiffeur. Son âme commerçante a quelque peu pali : « Le café en bas de la rue existait déjà. La Poste a été transférée ailleurs. Il y avait trois fois plus de commerces, le marché se tenait tous les samedis sur la place et dans la rue », ajoute-t-il. Edgard Limousin complète : « dans les années 80, il y avait une dizaine de commerces de plus qu’aujourd’hui, et d’énumérer ceux qui ont disparu : « un marchand de chaussures, une charcuterie, un magasin d’articles de sports, un magasin d’articles de pêches et graineterie, un quincailler, un dépanneur-vendeur de télévision, une supérette, un coiffeur pour dame, un marchand d’électricité-luminaire ». Aujourd’hui « sont présents trois cafés, deux boulangeries, la charcuterie, le coiffeur, la banque, le vétérinaire, le toiletteur pour animaux et moi ».

Le décalage entre Le Vieux bourg et la ville nouvelle n’était pas si fort qu’on pourrait le penser, à écouter le coiffeur et l’opticien. Le Vieux bourg possédait néanmoins un « état d’esprit de village du à son aspect rural, avec son cloché, ses petites maisons, qui n’a rien à voir avec le style béton des immeubles », commentent les deux artisans-commerçants. « Sa chance a été ne pas avoir été encerclé par les grands ensembles », ajoute Luc Brotel-Citras, comme cela était prévu à l’origine. En effet, l’objectif pour les urbanistes était de faire d’Allonnes  une ville de 40 000 habitants.

L’ambiance conviviale du quartier

Aujourd’hui, on trouve toujours une part importante de l’ambiance conviviale du quartier. « Dans les années 60, les habitants étaient des agriculteurs, ils habitaient ici depuis des années déjà. Ils avaient « l’esprit village ». Ceux qui les ont remplacés sont pour la plupart des urbains. L’état d’esprit n’est forcément pas le même », analyse Luc Brotel-Citras. Pour Edgard Limousin, ce qui a beaucoup changer depuis son arrivée : « C’est moi avant tout, j’ai vieilli, mes enfants ont grandi. J’étais de fait alors beaucoup plus impliqué dans la vie du quartier. J’étais aussi très engagé dans l’association des commerçants et artisans du quartier ».

C’est avec certitude que l’artisan-coiffeur nous affirme : « Je sais que les habitants du quartier se plaisent beaucoup ici ». Même conviction chez l’artisan-opticien : « Dans le Vieux bourg, tout le monde se connait. C’est un petit village, au-delà d’être le cœur historique d’Allonnes ». N’est-ce pas cela en définitive l’esprit du Vieux bourg d’Allonnes ?

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